Bonheur, etc.

Carnet de voyage de Diep et Jules


2003-09-17

Quelques sueurs froides avant d'arriver à Songpan...
(Songpan, 17 septembre 2003) - Ouf! Nous voilà arrivés à Songpan. Disons que j'ai eu quelques sueurs froides dans la voiture allant de Chengdu à Songpan. Tout d'abord, résumons. Nous étions censés prendre l'autobus de Chengdu. Mais il était plein. Alors, le proprio du guesthouse où nous logeons à Chengdu, Sam, ainsi que Rick Chen, notre contact à Songpan, nous ont affecté une voiture et un chauffeur privé.

Hier soir, à Chengdu, j'étais ravie de la tournure des événements. Une voiture pour nous seuls, cela signifiait qu'on allait pouvoir arrêter quand on le voulait, qu'on n'allait pas avoir à endurer odeurs et crachats et que ce serait tellement plus reposant. Mais... j'étais dans l'erreur!

À prime abord, le chauffeur me semblait bien sympathique et cordial. Il nous avait apporté des pommes et de l'eau et était bien souriant. En fait, ce type n'est pas méchant du tout sauf qu'il conduit MAL! Et vite, évidemment! Nous avons évité plusieurs accrochages, mais ce n'etait pas possible de les éviter tous...

Juste avant de pénétrer à l'intérieur d'un tunnel, nous nous sommes fait dépasser par un camion qui a endommagé une aile de notre voiture. Notre chauffeur était furieux. Il a arrêté la voiture et s'est mis à courir après l'autre vehicule, qui s'engouffrait dans le tunnel! Comme le camion accélérait et que notre chauffeur ne réussissait pas à le rejoindre à pied, il est revenu vers l'auto et s'est mis à conduire à une vitesse folle et à dépasser (dans la mauvaise voie) les autres autos dans le tunnel pour rejoindre le camion "fautif". Puis, il s'est mis au travers de la route et a barré le chemin au camion. On se serait cru dans un épisode de Fast and Furious (ce navet vu au cinéparc avec Hugo et Jean-Michel)... Le conducteur du camion qui nous avait accrochés n'a eu d'autre choix que de descendre de son véhicule. Dans son camion, il y avait peut-être dix passagers. Notre chauffeur, l'autre conducteur, les passagers... tous ont parlementé pendant plus d'une heure. Jules et moi sommes restés à l'écart. On ne voulait pas trop s'en mêler. Finalement, après forces discussions, les passagers du camion se sont cotisés et ont donné 1 000 yuans (divisez par 6 pour les équivalences en dollars canadiens) à notre chauffeur. (Après tout ça, je me suis dit que les assurances, les constats à l'amiable et les policiers sur la route ne sont pas de mauvaises inventions!)

Et nous sommes repartis de plus belle. Le chauffeur ne semblait pas avoir appris la leçon. Il roulait toujours aussi vite. Je ne sais combien de fois Jules lui a dit de ralentir et il trouvait ça très drôle. Il ralentissait quelques minutes, puis repartait comme un fou. Moi, à l'arrière, sans ceinture de sécurité, je m'accrochais où je pouvais... À quelques reprises, j'ai décidé de ne plus regarder la route pour ne pas perdre patience et je me suis dit intérieurement "à la grâce de Dieu"!

Mais nous sommes finalement arrivés dans ce petit village bien paisible. Les prochains jours, nous serons sans doute au monastère d'Amdo. De quoi nous remettre de nos émotions!
"La pire route de ta vie!"
(Songpan, 17 septembre 2003) - Robert, notre agent de voyage, nous avait prévenus: "Ce sera la pire route de ta vie". Il avait bien raison. Des montagnes de milliers de mètres, des ravins, des torrents de rivières et une toute petite route panoramique où tout ce qui vit, hommes et bêtes, semble s'être donné rendez-vous. Nous avons eu "la chance" d'avoir un chauffeur et une voiture privée. (La prochaine fois, nous prendrons l'autobus, c'est garanti. Je vais adhérer à la philosophie du grand véhicule.) La conduite chinoise n'a rien à voir avec les standards nord-américains. Nous avons même eu droit à un accrochage sans gravité, qui nous a tout de même fait perdre plus d'une heure. Il n y a pas d'assurance et le réglement consiste à plumer autant que possible le conducteur responsable. La négociation a été longue...

Nous avons dit notre chapelet plusieurs fois et demandé au gentil chauffeur de ralentir. Mais, chasser le naturel et il revient au galop. Quelques minutes plus tard, il reprenait de la vitesse et des dépassements suicidaires à l'aveugle, sans compter le danger pour les habitants des villages traversés qui utilisent aussi la route. Et les enfants, je vous jure que chez nous, ça ne se passerait pas comme ça. Ici, personne ne semble trop s'en inquiéter.

Et puis bon, nous sommes rendus et demain nous allons avoir la chance de rencontrer un Living Buddha, un maître de lumière. Nous y serons conduit par le sympathique Rick Chen, un contact de Robert sans lequel ce genre d immersion dans le bouddhisme tibétain bien vivant n'aurait pas été possible. Ça me fait presque oublier la route d'aujourd hui. En Chine, faisons comme les Chinois!